
Le sexisme : pourquoi en parler aujourd'hui ?
Le sexisme, c’est l’ensemble de toute attitude, propos ou décision qui dévalorise ou désavantage une personne parce qu’elle est perçue comme homme ou femme, en partant de l’idée qu’un genre « vaut » plus que l’autre.
Pour renforcer l’égalité entre les individus, le 25 janvier est devenue la Journée nationale de lutte contre le sexisme. Une journée pour sensibiliser toutes et tous à ce sujet, faire évoluer les mentalités et libérer la parole, afin que chacune et chacun puisse lutter toute l’année.
Avant-propos
Le sexe désigne les caractéristiques biologies (chromosomes, organes reproducteurs, hormones), tandis que le genre renvoie à la construction sociale : les attentes, rôles, comportements. Le sexisme discrimine souvent en fonction du genre perçu : on attend d’un homme « qu’il soit fort », d’une femme « qu’elle soit douce », et on sanctionne celles et ceux qui sortent de ces cases.
Pourquoi la formule « en raison de son genre » est essentielle ?
Un homme cisgenre qui pleure ou s’occupe de ses enfants est moqué : « ne pleure pas comme une fille », « tu n’es pas un vrai mec » : c’est du sexisme basé sur le genre, et non le sexe biologique. Une personne transgenre ou non-binaire subit du sexisme lorsqu’on lui refuse un emploi car elle « ne correspond pas au genre attendu pour le poste ».
Les lois récentes parlent explicitement d’agissements sexistes liés au sexe ou au genre, reconnaissant ainsi que le sexisme ne se limite pas à la biologique.
En quelques mots...
Le sexisme désigne une manière de se comporter vis-à-vis de quelqu’un en raison de son genre, sur la base d’un rapport hiérarchique entre les personnes, qui entraîne une différence de valeur, de statut ou de dignité.
Par exemple, un manager refuse une promotion à une employée compétente sous prétexte qu’elle doit s’occuper de sa famille, considérant ainsi que les femmes ont un statut inférieur pour les postes de direction.
Il regroupe également des préjugés, des stéréotypes et des croyances qui présentent un genre comme supérieur à l’autre ou attribuent des rôles « naturels » différents entre les personnes.
Par exemple, dire d’un homme qu’il ne peut pas être assistant maternel car « c’est un métier de femme ».
De manière générale, ce sont toutes les discriminations envers une personne en raison de son genre ou de son identité de genre. Ainsi, on considère comme sexiste :
- Un comportement ou un propos lié au genre d’une personne qui la rabaisse, la ridiculise, la met de côté ou la traite comme moins capable.
- Des choix qui desservent quelqu’un parce qu’elle est une femme ou parce qu’il est un homme. Comme ne pas recruter une femme parce qu’elle « risque de tomber enceinte ».
- Des situations où l’on considère qu’une personne « doit » ou « ne doit pas » faire quelque chose uniquement en raison de son genre. L’exemple le plus commun pour toutes et tous : les femmes à la cuisine et au ménage, les hommes pour la technique.
Chacune et chacun est à la fois victime et témoin, chaque jour, de sexisme ordinaire.
Aujourd’hui, les langues se délient et il n’est plus acceptable d’entendre ou de voir certaines choses. Ce que l’on constate, ce sont que les remarques et les « blagues » sur le fait qu’une femme soit « trop émotive » et que les hommes « ne devraient pas s’occuper des enfants » ne sont ni effacées, ni moins présentes. A titre d’information, 2 français sur 10 jugent qu’un homme au foyer « n’est pas vraiment un homme » (étude Global Advisor International Women’s Day d’Ipsos en 2024).
A l'occasion de sa campagne "Sexisme : Vois-le, Dis-le, Stoppons-le", le Conseil de l'Europe a décidé d'agir en adoptant une recommandation sur la prévention et la lutte contre le sexisme. (2019)
Si l’on pense que le sexisme s’arrête au foyer, il est hélas bien présent dans toutes les situations de nos vies : couper systématiquement la parole d’une personne, généralement une femme, en réunion, ne pas prendre ses idées au sérieux ou bien encore réduire une ou un collègue à son apparence. Au travail ou dans l’espace public, on ne manque pas non plus de commentaires, qu’ils soient paternalistes (« ma belle », « ma petite ») ou qu’ils soient vis-à-vis de leur corps.
L'évolution des droits des femmes, en France, en 10 dates clés :

Le cadre légal
En France, le Code du travail (art. L.1142-2-1) définit l’agissement sexiste comme « tout comportement lié au sexe d’une personne ayant pour objet ou pour effet de porter atteinte à son égalité professionnelle et de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ».
Si l'employeur ignore un agissement sexiste signalé, il manque à son obligation de sécurité et expose son entreprise à des sanctions graves.
La Haute Autorité Egalité Femmes-Hommes précise également que le sexisme sont des attitudes, propos et décisions qui dévalorisent ou désavantagent en fonction du genre perçu (incluant alors le genre et l’orientation).
Depuis 2018, la loi intègre explicitement le genre dans la lutte contre les discriminations.
C'est sexiste ou pas ?
Est-ce que la remarque, la décision ou l’attente serait la même si la personne était d’un autre genre ; si la réponse est non, il y a un risque de sexisme.
Autres questions que l'on peut se poser, est-ce que cela renvoie à un stéréotype comme « les filles sont… », « un vrai homme doit… » ou est-ce que cela diminue la liberté, la dignité ou les opportunités de la personne visée ?
Attention, le sexisme peut être « bienveillant » en apparence (surprotéger les femmes, leur refuser des tâches jugées trop difficiles), pour autant, cela reste fondé sur une hiérarchie entre les genres.
Si lorsque tu es confrontée ou confronté à une situation qui te procure un sentiment de malaise, d’humiliation, d’injustice ou de peur de représailles si tu dis « non », c’est souvent un signal qu’il y au moins un agissement sexiste, voire du harcèlement.
Chiffres clés
28,5%
de salaire en moins (femmes-hommes tout temps de travail confondus)
85%
des personnes transgenres agressées au cours de leur vie
1 femme sur 6
fait son entrée dans la sexualité par un rapport non consenti et désiré
91%
de femmes connaissent les agresseurs (lors de violences sexuelles)
2 min 30
C’est le temps qui s’écoule, en France, entre chaque viol ou tentative de viol.
1 femme sur 2
a déjà subi une violence sexuelle
Le sexisme envers les hommes
Les hommes aussi subissent des discriminations lorsqu’on leur refuse un emploi « féminin », ou lorsqu’on les accuse automatiquement de violence, perpétuant ainsi un stéréotype nuisible.
Dès le plus jeune âge, la société impose aux garçons de ne pas pleurer, qu’ils sont plutôt faits pour des sports, plutôt que pour des tâches domestiques. Eux aussi sont soumis à des diktats et des injonctions, cependant leur parole reste limitée. En effet, s’exprimer et montrer ses faiblesses n’est pas quelque chose que la société lui a appris.
Changer ces normes profite à toutes et tous : libérer les femmes et les hommes des rôles prédéfinis favorise une égalité réelle où chacune et chacun vit selon ses choix, sans jugement sexué.
Les dérives du masculinisme
Les dérives du masculinisme incluent la misogynie, l'antiféminisme virulent et la promotion d'une vision rétrograde des rôles sexués, souvent en ligne via des groupes comme « MGTOW » ou « incels ». Le masculinisme nie le patriarcat et accuse le féminisme de « crise de la masculinité ». Il essentialise également les différences biologiques pour justifier une domination masculine, rejetant ainsi l’égalité réelle entre les femmes et les hommes.
Seulement, ces contenus ne sont pas à banaliser. Ceux-ci font l’apologie de la violence ou excuses les viols comme des "besoins sexuels naturels". Aussi, ils prônent des revendications biaisées comme la codécision sur l'avortement ou la minimisation des violences conjugales envers les femmes.
En parallèle, une étude intitulée « Les hommes et le masculinisme » menée par Sidaction et Opinion Way en novembre 2025, indique que 37% des 16-34 ans consultent des contenus masculinistes.
Plus d’1 jeune sur 2 « trouvent que ces contenus disent enfin la vérité ». La virilité reste un marqueur normatif puissant. 1 homme sur 2 juge important d’être viril et ils sont autant à déplorer que les hommes ne le soient plus suffisamment. 1 jeune sur 6 pense que le préservatif est un signe de faiblesse (16%).

Des artistes engagées
Aujourd’hui en France, de nombreuses et nombreux artistes s’engagent activement pour la cause féministe et pour l’égalité entre les genres. Des chanteuses comme Angèle, Pomme, Suzane ou Aya Nakamura utilisent leur musique et leur image pour dénoncer le sexisme, revendiquer la liberté des femmes et interroger les stéréotypes de genre. Ces voix engagées contribuent à faire évoluer les mentalités et à rendre le féminisme plus visible et accessible à tous les publics.
Suzanne - Virile (2025) ; Elle défend ici l'idée que les femmes peuvent incarner la force, la virilité et l'autorité sans se conformer aux stéréotypes genrés.
Sources :
Campagne : "Sexisme : Vois-le, Dis-le, Stoppons-le" , Conseil de l'Europe (2019)
Quiz : "Êtes-vous sexiste?", Conseil de l'Europe (2019)
"Quand le masculinisme intoxique la sexualité des jeunes", Sidaction
"Les victimes du sexisme en France"
"Les violences sexistes et sexuelles en France en 2024"
"Violences sexuelles : l’Ined montre que les hommes aussi sont victimes, souvent très jeunes"
"Les victimes de violences physiques ou sexuelles enregistrées par les services de sécurité en 2024"
"Les chiffres des violences sexistes en France"
"Chronologie des Droits des Femmes en France"
"39% des Français pensent qu'on en demande trop aux hommes pour soutenir l'égalité de genre"
"Les inégalités de salaires entre les femmes et les hommes : état des lieux"
"Enquête sur le consentement dans les rapports sexuels #JaiPasDitOui"
"Rapport d’enquête « Cadre de vie et sécurité » 2019"
"Rapport d'enquête Vécu et ressenti en matière de sécurité (VRS) - 2022"
"RAPPORT sur la situation des femmes handicapées dans l'Union européenne"
"53% des femmes ont été victimes de harcèlement ou d’agression sexuelle"
"IVG dans la Constitution : une « étape fondamentale »"
Vidéo Sidaction : "Alpha Safe - Quand la masculinité toxique devient virale..."